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RPS dans le BTP : mesurer sans stigmatiser sur le chantier

Fondateur d'Odana

RPS dans le BTP : ce que le code du travail impose sur chantier, et un protocole de passation par QR code, sans e-mail, avec des repères de participation.

Dans l'Union européenne, 46 % des travailleurs de la construction sont exposés à de fortes contraintes de temps et à une surcharge de travail.1 L'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA) donne ce chiffre pour l'ensemble de l'UE, sans détail pour la France. Son rapport de 2024 conclut aussi que la santé mentale reste un sujet tabou dans le secteur.1

Pour l'INRS, les risques psychosociaux (RPS) désignent des situations de travail marquées par du stress, des violences internes ou des violences externes, « combinés ou non ».2 Pour traiter les RPS dans le BTP, partez de ce que le chantier impose aux équipes. Mesurez les délais, la coactivité (plusieurs entreprises sur le même chantier) et les aléas d'approvisionnement, sans demander à quiconque de parler de son moral.

Faites ensuite passer le questionnaire sur le temps de travail, par un QR code affiché en base vie. La base vie est le local où les équipes se changent et déjeunent. Les salariés répondent sans adresse e-mail ni compte à créer.

À retenir

  • Ce qui est obligatoire : évaluer les risques pour la santé physique et mentale des salariés, organisation du travail comprise, et transcrire le résultat dans le document unique, mis à jour au moins chaque année à partir de onze salariés.
  • Ce qui est recommandé : interroger les équipes sur leurs conditions de travail plutôt que sur leurs symptômes, et ne restituer un résultat que pour une unité d'au moins dix répondants.
  • Par où commencer : réservez dans chaque base vie deux créneaux de trente minutes sur le temps de travail, avec un QR code affiché et une urne pour les réponses sur papier.
  • Où Odana intervient : les salariés répondent depuis leur téléphone par un QR code affiché, sans créer de compte, et aucun écran ne montre la réponse d'une personne.

Ce que le code du travail impose sur un chantier

Les RPS d'une entreprise de travaux relèvent des règles de prévention communes à tous les employeurs. Ces règles visent expressément la santé mentale. L'employeur prend « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ».3

Il évalue aussi les risques, y compris « dans l'organisation du travail et dans la définition des postes de travail ».4 Un planning intenable entre donc dans le champ de l'évaluation.

L'employeur transcrit le résultat dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP). Le code y exige un inventaire des risques identifiés « dans chaque unité de travail de l'entreprise ou de l'établissement ».5 L'employeur choisit lui-même ce découpage en groupes de postes ou de salariés.5

Découpez les unités par métier ou par équipe stable plutôt que par chantier, parce qu'un chantier ferme souvent avant la mise à jour suivante. Les coffreurs et l'encadrement de chantier forment par exemple deux unités distinctes. Le guide sur le découpage en unités de travail détaille les critères.

Dans les entreprises d'au moins onze salariés, le document unique est mis à jour au moins chaque année.6 Lorsqu'un comité social et économique (CSE) existe, il est consulté sur le document unique et sur ses mises à jour.4 Ces deux règles fixent votre calendrier.

Le BTP ajoute une règle qui touche directement la charge de travail. Elle vise le maître d'ouvrage, le maître d'œuvre et le coordonnateur en matière de sécurité et de protection de la santé (SPS). Ils appliquent des principes généraux de prévention pendant la conception du projet et la réalisation de l'ouvrage. Ils les prennent en compte dans l'organisation des opérations de chantier, en vue, entre autres, « de prévoir la durée de ces phases ».7

Vous pouvez donc discuter un délai de phase intenable avec le maître d'ouvrage, au titre de la prévention.7

Une coordination SPS est organisée pour tout chantier de bâtiment ou de génie civil où interviennent plusieurs travailleurs indépendants ou entreprises, « entreprises sous-traitantes incluses ».8 Elle vise les risques de leurs interventions simultanées ou successives. Elle ne remplace pas l'évaluation que chaque employeur doit à ses propres salariés.4

Les intérimaires comptent aussi. Pendant la mission, l'entreprise utilisatrice est responsable des conditions d'exécution du travail. Elles couvrent ce qui a trait à « la santé et la sécurité au travail ».9 Intégrez donc à la passation les intérimaires présents sur vos chantiers.9 Les salariés d'un sous-traitant relèvent en revanche de l'évaluation de leur propre employeur.4

Si vous dirigez une régie de travaux dans une collectivité, le guide sur les RPS dans la fonction publique reprend le cadre de vos agents.

Pourquoi le sujet reste tabou sur les chantiers

Sur les chantiers, la réticence à parler freine la prévention. L'EU-OSHA interroge les entreprises européennes dans son enquête ESENER sur les risques nouveaux et émergents. Dans la troisième édition, 71 % des entreprises de construction interrogées citent un obstacle précis à la gestion des risques psychosociaux.10 Cet obstacle est la réticence à parler ouvertement de ces questions.

Le même rapport relève que 34 % seulement des entreprises de construction utilisent des enquêtes pour repérer le stress lié au travail. La moyenne tous secteurs confondus est de 44 %.10 L'écart atteint dix points. Ces chiffres portent sur l'ensemble de l'Union européenne.

Le rapport décrit une main-d'œuvre masculine à plus de 90 %, marquée par une culture traditionnellement machiste. Selon ses auteurs, cette culture peut nuire à la santé des travailleurs, parce qu'elle stigmatise les problèmes de santé mentale et la recherche d'aide. Elle attend aussi des travailleurs une endurance physique et psychologique.1

La taille des entreprises complique encore la mesure. Dans l'UE, 95 % des entreprises du secteur emploient moins de 20 travailleurs.1 Typiquement, dans une équipe de six, un chef d'équipe attentif devine l'auteur d'une réponse singulière.

Concrètement, abordez la santé mentale par le travail. Avec un questionnaire validé, interrogez les équipes sur les délais de phase et sur le soutien de l'encadrement de chantier. Un expert cité par l'EU-OSHA regrette que les initiatives privilégient le repérage des signes de maladie mentale, au détriment des risques du milieu de travail.10

Le diagnostic porte sur des faits que l'employeur peut corriger, comme une durée de phase ou une livraison en retard. Limitez les questions de santé perçue à celles de l'instrument validé, et posez-les hors de la présence de l'encadrement.

Le protocole de passation terrain, étape par étape

Le protocole ci-dessous vise des équipes sans adresse e-mail professionnelle ni poste informatique. Déroulez les huit étapes dans l'ordre.

  1. Fixez les unités de restitution avant tout affichage. Reprenez les unités de travail du document unique, et regroupez celles qui comptent moins de dix personnes. Ne publiez aucun résultat sous dix répondants.
  2. Présentez le questionnaire et le calendrier au CSE s'il existe, puis aux chefs de chantier. Annoncez dès ce moment la date de restitution aux équipes.
  3. Imprimez une affiche par base vie, avec le QR code, la durée de réponse, la date de clôture et une phrase sur l'anonymat. Placez-la dans le réfectoire, à distance du bureau du chef de chantier.
  4. Ouvrez deux créneaux de trente minutes sur le temps de travail, à deux semaines d'écart, pour toucher les équipes qui tournent entre chantiers.
  5. Confiez l'animation à une personne extérieure à la ligne hiérarchique du chantier, par exemple l'animateur sécurité ou l'infirmier du service de santé au travail. Elle explique la démarche, aide à scanner le QR code, puis s'éloigne pendant les réponses.
  6. Prévoyez une version papier pour les salariés sans téléphone ou qui refusent de l'utiliser. Recueillez-la dans une urne fermée, que seul l'animateur ouvre, et saisissez les réponses le jour même.
  7. Pour les salariés qui lisent mal le français, utilisez les traductions publiées par les auteurs du questionnaire. Ne confiez jamais la lecture des questions à un collègue d'équipe.
  8. Suivez la participation par unité de restitution après chaque créneau. Relancez au briefing suivant, sans viser personne.

Un questionnaire validé comme SATIN demande typiquement une vingtaine de minutes.11 L'explication et le scan du QR code occupent le reste de la demi-heure.

Le seuil de dix personnes vient d'un avertissement de l'INRS. Dans les collectifs de très petite taille, « inférieure à 10 », la présentation des résultats « peut conduire à lever l'anonymat des répondants ».11 Le guide sur l'anonymat d'un questionnaire salariés détaille ce seuil.

L'étape 7 tient compte d'un risque documenté. L'EU-OSHA range les barrières linguistiques, écrites et orales, parmi les risques propres aux travailleurs migrants.1 Ces barrières pèsent aussi sur la passation.

Avec un outil comme Odana, les salariés répondent depuis leur téléphone par un lien ou un QR code affiché, sans créer de compte. Sous le nombre minimal de réponses fixé, qui ne descend jamais sous cinq, le résultat reste fermé à l'écran comme dans les exports.

Les repères de participation par situation de chantier

Le taux global d'une entreprise de travaux dit peu de chose. L'INRS le formule à propos de SATIN : « Plus que le nombre de répondants, c'est leur représentativité qui importe. »11

Les repères ci-dessous sont des objectifs de pilotage proposés à titre indicatif. Ils ne viennent d'aucune mesure sur un panel d'entreprises du BTP.

SituationCanal réalisteRepère de participationCe qui fait chuter le taux
Chantier de gros œuvre, équipe présente plusieurs moisQR code en base vie et deux créneaux de trente minutes60 à 70 % de l'effectif présentUn créneau placé en fin de journée, au moment du départ
Équipes itinérantes (second œuvre, maintenance, dépannage)QR code au dépôt, créneau pendant la réunion d'équipe hebdomadaire40 à 50 %Des équipes qui ne repassent pas au dépôt pendant la fenêtre
Intérimaires présents sur le chantierMême créneau que l'équipe d'accueilTaux suivi à part, sans restitution séparée sous dix répondantsUne arrivée sur le chantier après la passation
Encadrement de chantier (chefs de chantier, conducteurs de travaux)Lien par e-mail et temps réservé en réunion de conduite de travaux70 à 80 %La crainte d'être reconnu dans un petit groupe
Entreprise de moins de 20 salariésUne session unique, tous présents, version papier disponible80 % ou plus, résultat restitué pour l'entreprise entièreUne restitution par équipe, qui désigne les répondants

Sous 40 % de répondants sur une unité, ne cotez pas ses RPS sur ces seules réponses. Coter consiste à attribuer un niveau à chaque risque inscrit au document unique. Complétez par un entretien collectif. Notez au document unique que la donnée est partielle.

Le service de prévention et de santé au travail offre un autre canal. En 2007, la CRAM Languedoc-Roussillon a mené une action appuyée par l'INRS. Avec le concours des médecins du travail, 80 conducteurs de travaux ont rempli le questionnaire SATIN.12 Pour les populations de bureau, le guide sur le taux de participation d'une enquête interne donne d'autres repères.

Exemple : une entreprise de gros œuvre de 70 salariés

Le cas suivant est fictif et sert d'illustration. Une entreprise de gros œuvre du Gard compte 70 salariés répartis sur cinq chantiers, avec une douzaine d'intérimaires. En un an, deux chefs d'équipe coffreurs sont partis en arrêt long. Une première enquête envoyée par e-mail a recueilli neuf réponses, presque toutes venues du bureau d'études. Les coffreurs n'avaient pas répondu.

La direction relance la démarche avec le protocole ci-dessus. L'animatrice sécurité tient deux créneaux dans chaque base vie, en début de matinée. La participation atteint 64 % chez les coffreurs. Elle plafonne à 38 % en finitions, une équipe qui tourne entre trois chantiers.

Les réponses des coffreurs convergent. Le conducteur de travaux cale les délais de coulage sur le planning du maître d'ouvrage, sans tenir compte des retards de livraison du béton. L'équipe rattrape donc le retard le soir. Le soutien du chef de chantier est en revanche bien noté.

La direction inscrit au document unique, pour l'unité coffrage, un risque de surcharge lié aux délais de phase. Elle date deux actions. Sur le chantier suivant, le conducteur de travaux renégocie la durée des phases de voiles avec le maître d'ouvrage. Il rappelle que le maître d'ouvrage doit organiser le chantier en vue de prévoir la durée de chaque phase.7 Les chefs d'équipe rejoignent aussi la réunion de planning hebdomadaire.

L'équipe finitions reste sous 40 %, donc la direction attend un entretien collectif avec le service de santé au travail avant de la coter. Elle précise dans le document unique que la donnée est partielle.

Six mois plus tard, la direction refait la même passation pour comparer les deux mesures avant la mise à jour annuelle du document unique.

Quatre erreurs qui font échouer la démarche

La première erreur consiste à confier la passation au chef de chantier. On comprend qu'il veuille porter lui-même une démarche qui concerne son équipe. Pourtant, il fait partie de ce que les salariés évaluent. Confiez donc la distribution et le ramassage des questionnaires papier à une personne hors de la ligne hiérarchique du chantier.

Faire répondre hors du temps de travail est la deuxième erreur. Sans créneau dédié, le salarié répond sur sa pause ou chez lui, donc sur son temps personnel.

La troisième erreur tient à l'ordre des questions. Ouvrez le questionnaire sur les conditions de travail, et laissez les questions sur l'épuisement à leur place dans l'instrument validé.

La quatrième erreur concerne une restitution tardive, loin du chantier. Les équipes changent vite, si bien qu'un résultat présenté six mois plus tard touche une équipe qui n'a pas répondu. Dans le mois qui suit la clôture, restituez les résultats dans la base vie avec les deux ou trois actions retenues par la direction.

Cette semaine, listez vos chantiers ouverts jusqu'à la fin du trimestre, avec l'effectif présent, intérimaires compris. Choisissez ensuite deux dates de passation par base vie. La page des fonctionnalités d'Odana décrit la passation par QR code si vous voulez outiller cette étape.

FAQ

Quels sont les principaux risques psychosociaux dans le BTP ?

L'EU-OSHA cite d'abord les fortes contraintes de temps et la surcharge de travail, qui touchent 46 % des travailleurs de la construction de l'UE. Son rapport de 2024 relève aussi les problèmes de communication, dont les barrières linguistiques. Il cite enfin le recours fréquent à la sous-traitance et la prévalence des lieux de travail temporaires.1

Les RPS doivent-ils figurer dans le DUERP d'une entreprise du BTP ?

Oui. L'employeur évalue les risques pour la santé physique et mentale des travailleurs, y compris dans l'organisation du travail.4 Il transcrit le résultat dans le document unique, unité de travail par unité de travail.5 Le guide sur la cotation des RPS au document unique détaille la méthode.

Faut-il interroger les intérimaires sur un chantier ?

Intégrez-les s'ils travaillent sur le chantier pendant la fenêtre de passation. L'entreprise utilisatrice est responsable de leurs conditions d'exécution du travail, santé et sécurité comprises, pendant la mission.9 Suivez leur participation à part, mais ne restituez leurs résultats séparément qu'à partir de dix répondants.

Le quart d'heure sécurité suffit-il pour faire passer le questionnaire ?

Non, pas pour SATIN. Ce questionnaire de l'INRS demande typiquement une vingtaine de minutes, sans compter l'explication.11 Servez-vous du quart d'heure sécurité, la causerie de début de poste, pour annoncer la passation. Ouvrez ensuite un créneau dédié de trente minutes.

Sources

  1. Mental health in the construction sector: preventing and managing psychosocial risks in the workplace, synthèse en anglais — EU-OSHA, 2024 ↩
  2. Risques psychosociaux. Ce qu'il faut retenir — INRS, mis à jour en 2021 ↩
  3. Code du travail, article L4121-1 — Légifrance, version en vigueur ↩
  4. Code du travail, article L4121-3 — Légifrance, version en vigueur ↩
  5. Code du travail, article R4121-1 — Légifrance, version en vigueur ↩
  6. Code du travail, article R4121-2 — Légifrance, version en vigueur ↩
  7. Code du travail, article L4531-1 — Légifrance, version en vigueur ↩
  8. Code du travail, article L4532-2 — Légifrance, version en vigueur ↩
  9. Code du travail, article L1251-21 — Légifrance, version en vigueur ↩
  10. Mental health in the construction sector: preventing and managing psychosocial risks in the workplace, rapport complet en anglais — EU-OSHA, 2024 ↩
  11. Bien-être au travail. Questionnaire SATIN pour les entreprises de plus de 50 salariés — INRS, page mise à jour en 2018 ↩
  12. Le bien-être au travail chez les conducteurs de travaux. Résultats d'une action menée en Languedoc-Roussillon, ND 2315, Hygiène et sécurité du travail n° 216 — INRS, 2009 ↩

Dernière vérification : 30 octobre 2026

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