Démarche QVCT : les 6 étapes pour la structurer
Fondateur d'Odana
Structurer une démarche QVCT : six étapes, un rétroplanning sur 12 mois et la condition légale de négociation obligatoire, au-delà du référentiel Anact.
Structurez une démarche QVCT (qualité de vie et des conditions de travail) en six étapes, de l'engagement de la direction jusqu'à l'évaluation des actions. L'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact) publie un référentiel QVCT. Selon elle, la QVCT s'intéresse au travail, à ses conditions de réalisation et aux conditions d'emploi1.
Le référentiel de l'Anact donne un cadre général, des principes et des repères. Il ne propose ni démarche « ficelée » ni liste d'actions à dérouler1. Les six étapes ci-dessous ordonnent ces principes pour un service RH d'entreprise de taille intermédiaire (ETI). Elles tiennent dans un rétroplanning sur douze mois, avec un jalon et un indicateur par phase.
À retenir
- Ce qui est obligatoire : là où est constituée une section syndicale d'organisation représentative, l'employeur négocie sur l'égalité professionnelle et la QVCT au moins tous les quatre ans, et chaque année sous les dispositions supplétives, règles de repli applicables à défaut d'accord de méthode ou en cas de non-respect de cet accord.
- Ce qui est recommandé : un diagnostic partagé, puis deux domaines prioritaires testés sur un périmètre pilote avant toute généralisation.
- Par où commencer : datez l'engagement de la direction et nommez le comité de pilotage, avant tout questionnaire.
- Où Odana intervient : Odana déploie un questionnaire QVCT construit sur le référentiel Anact et suit les tendances d'une campagne à l'autre.
Ce que couvre le référentiel QVCT de l'Anact
Le code du travail confie à l'Anact l'appui aux démarches d'entreprise. Cet appui porte sur l'évaluation et la prévention des risques professionnels, et sur la promotion de la QVCT2.
Depuis le 31 mars 2022, le code du travail parle de « qualité de vie et des conditions de travail »3. L'expression remplace « qualité de vie au travail ». La loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail a introduit ce changement. Les partenaires sociaux avaient adopté cette appellation dès l'accord national interprofessionnel du 9 décembre 2020. Ils voulaient placer les questions du travail au centre de la démarche : charge de travail, horaires, coopération, sens1.
Le référentiel de l'Anact fixe trois ambitions à la QVCT. Elle doit concilier la santé des salariés et la performance globale de l'entreprise. Elle doit aussi donner à chacun du pouvoir d'agir sur son travail, et améliorer le travail d'aujourd'hui et de demain1. Le référentiel range les sujets à traiter en six domaines d'action.
- organisation, contenu et réalisation du travail ;
- compétences et parcours professionnels ;
- égalité au travail ;
- projet d'entreprise et management ;
- dialogue social et professionnel ;
- santé au travail et prévention, où s'inscrivent notamment les risques psychosociaux (RPS).
Une corbeille de fruits ou des massages en salle de pause relèvent d'une autre logique. L'Anact les range parmi les actions « périphériques », « éloignées des enjeux prioritaires d'amélioration des conditions de travail ». La démarche QVCT ne les intègre pas1.
Sur la méthode, le référentiel de l'Anact pose sept principes1. La direction, les salariés et les représentants du personnel, quand il y en a, prennent un engagement commun au démarrage. Ils travaillent ensemble la vision de la QVCT et ses objectifs concrets. Ils définissent aussi en commun le pilotage et le déroulement de la démarche. Les actions s'appuient sur des constats et des priorités partagés.
L'entreprise ouvre ensuite des espaces où les salariés parlent de leur travail. Elle met à l'essai de nouvelles façons de travailler. Enfin, elle évalue la démarche et ses effets, puis partage les résultats. Le référentiel laisse donc à l'entreprise le calendrier et la répartition des rôles.
Cadrer, diagnostiquer, prioriser : les trois premières étapes
À la première étape, la direction s'engage avant qui que ce soit d'autre. Constituez un comité de pilotage, avec les représentants du personnel quand ils existent. Fixez le calendrier dans un accord ou une charte. Le comité de pilotage dispose ainsi d'un cadre commun daté avant l'ouverture du diagnostic.
Le diagnostic partagé, l'étape qui détermine le reste
Pour le diagnostic, combinez un questionnaire structuré, des entretiens avec l'encadrement de proximité et les indicateurs que le système d'information RH (SIRH) contient déjà. Retenez au moins l'absentéisme, le turnover et les accidents du travail. Gardez le même questionnaire d'une campagne à l'autre, parce qu'un changement de questions peut créer un écart qui vient de l'outil plutôt que du travail. Un outil comme Odana déploie un questionnaire QVCT construit sur le référentiel Anact. Il suit les tendances d'une campagne à l'autre sur cette base stable.
Pour objectiver aussi une exposition aux risques psychosociaux au sens strict, complétez l'entrée QVCT par un questionnaire RPS scientifiquement validé.
Exemple fictif : une ETI de 260 salariés dans l'agroalimentaire, sur un site unique. Elle déploie un nouveau progiciel de gestion intégré (ERP) sans accompagnement renforcé des équipes concernées. Quatre cadres partent dans les deux trimestres qui suivent. Le comité de pilotage croise les résultats du questionnaire et des entretiens. Il constate une surcharge liée au changement d'outil, et un déficit d'appui de l'encadrement intermédiaire pendant la bascule.
Le comité de pilotage priorise alors deux domaines Anact, l'organisation du travail et le dialogue professionnel, sans ouvrir les six chantiers à la fois. Dans deux services pilotes, il teste un point d'équipe hebdomadaire sur les blocages de l'ERP et un référent métier formé à l'outil. Huit mois plus tard, le turnover cadre du site recule. Au vu du bilan, le comité étend ces deux actions aux autres services et présente le résultat au comité social et économique (CSE).
Prioriser sans saupoudrer
Déclarer six domaines la même année sans moyen dédié à aucun rassure sur le papier, mais ne change rien sur le terrain. Retenez les deux domaines où les résultats du diagnostic sont les plus dégradés. Outillez-les avant d'ouvrir les suivants. Le comité de pilotage arbitre ce choix et le documente dans un plan daté.
Ce que la loi impose : la section syndicale, pas un seuil de 50 salariés
Beaucoup appellent encore cette négociation « la NAO » (négociation annuelle obligatoire), par habitude. Le code du travail ne fixe pourtant plus de rythme annuel dans ses règles d'ordre public. Ces règles s'imposent à tout accord. L'article L2242-1, qui en fait partie, impose à l'employeur d'engager cette négociation au moins une fois tous les quatre ans. Cette obligation vise les entreprises où sont constituées une ou plusieurs sections syndicales d'organisations représentatives3. Elle vaut sans condition d'effectif.
Un syndicat peut constituer une section syndicale dès qu'il compte plusieurs adhérents dans l'entreprise. Il doit aussi remplir les conditions du code du travail. Cette section représente les intérêts de ses membres4.
Un accord de méthode peut organiser le rythme de la négociation. Il fixe les thèmes des négociations et leur périodicité, avec un plafond de quatre ans pour l'égalité professionnelle et la QVCT. Il précise aussi le contenu de chaque thème, le calendrier, les informations remises aux négociateurs et les modalités de suivi5. Un accord conclu sur ces thèmes peut en outre fixer la périodicité de sa propre renégociation, dans la limite de quatre ans6.
À défaut d'accord de méthode, ou si l'accord n'est pas respecté, des dispositions supplétives prennent le relais. Ces règles de repli figurent à l'article L2242-13. Elles imposent chaque année une négociation sur l'égalité professionnelle et la QVCT. La négociation sur la rémunération, le temps de travail et le partage de la valeur ajoutée suit le même rythme7. Le rythme annuel n'a donc pas disparu. Il reste la règle par défaut, sauf accord contraire.
Si la négociation se termine sans accord, la loi exige un procès-verbal de désaccord8. Il consigne les dernières propositions des parties et les mesures que l'employeur entend appliquer unilatéralement.
Côté salariés, la délégation de chaque organisation représentative à la négociation comprend son délégué syndical9. Une organisation syndicale représentative désigne ce délégué. Le régime général réserve cette désignation aux entreprises d'au moins 50 salariés, effectif atteint pendant douze mois consécutifs10. Sous ce seuil, aucun délégué syndical ne peut être désigné par cette voie.
Une exception précise rouvre la voie sous 50 salariés. Un syndicat représentatif dans l'établissement peut désigner un membre élu de la délégation du personnel au CSE comme délégué syndical11. Cette désignation vaut pour la durée du mandat de l'élu. Ce mécanisme exige la représentativité du syndicat dans l'établissement. À la différence de la voie générale de l'article L2143-3, son texte ne mentionne pas la constitution d'une section syndicale.
Par exemple, une entreprise de 30 salariés dispose d'un délégué syndical si son syndicat représentatif use de cette désignation. L'obligation de négocier dépend pourtant d'une autre condition. L'article L2242-1 exige qu'une section syndicale d'organisation représentative soit constituée dans l'entreprise3. Le seuil de 50 salariés fixe donc seulement le mode de désignation du délégué syndical. Il ne conditionne pas l'obligation de négocier elle-même.
Sans syndicat représentatif dans l'entreprise, ni la voie générale de l'article L2143-3 ni celle de l'article L2143-611 ne s'ouvrent. La démarche QVCT reste alors volontaire. Formalisez-la quand même dans une charte signée par la direction, et présentez-la au CSE quand il existe. La direction y inscrit ses engagements datés, comme à la première étape.
Dans le régime supplétif, cette négociation annuelle porte sur l'articulation entre la vie personnelle et la vie professionnelle, et sur les mesures d'égalité professionnelle. Le texte y ajoute les modalités du plein exercice du droit à la déconnexion, parmi plusieurs autres thèmes12. Elle peut aussi porter sur la qualité des conditions de travail. Le texte cite notamment la santé et la sécurité au travail et la prévention des risques professionnels. La loi de 2021 a ouvert cette extension facultative, sans la rendre automatique13. Sous accord de méthode, l'accord fixe lui-même le contenu de chaque thème5.
Avec cette extension, une ETI qui a déjà mené le diagnostic QVCT évite de traiter deux fois le même constat dans deux instances distinctes. Les mêmes constats peuvent aussi imposer une mise à jour du document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP). Le code du travail l'exige lorsqu'une « information supplémentaire intéressant l'évaluation d'un risque est portée à la connaissance de l'employeur »14. Cette règle de l'article R4121-2 vaut quel que soit l'effectif de l'entreprise. En revanche, un ressenti général déjà connu de l'employeur n'apporte aucune information supplémentaire.
Expérimenter avant de généraliser, puis évaluer pour pérenniser
Testez d'abord les premières actions du plan validé sur un périmètre pilote. Comptez quelques mois avant de les étendre à toute l'entreprise. Ces actions peuvent être de nouveaux rythmes de réunion ou des espaces de dialogue sur le travail réel, animés par l'encadrement de proximité. Demandez aux groupes de travail par domaine de documenter ce qui fonctionne et ce qui échoue.
L'évaluation vient ensuite. Mesurez l'écart entre les indicateurs de départ et ceux observés après l'expérimentation, absentéisme et turnover en tête. Complétez-les par les résultats de la campagne QVCT suivante. Partagez ce bilan avec le comité de pilotage et le CSE. Décidez ensuite de généraliser une action, de l'ajuster, ou de l'arrêter si elle n'a pas tenu ses promesses.
Le rétroplanning type sur 12 mois
La grille ci-dessous reprend les six étapes avec leur fenêtre calendaire et leur jalon de sortie. Elle précise les instances à associer et l'indicateur qui objective le passage à l'étape suivante. Elle suppose une entreprise qui démarre au mois 1. Ajustez-la si la démarche s'articule avec une négociation déjà calée sur une autre échéance.
| Période | Étape | Jalon de sortie | Instances associées | Indicateur de suivi |
|---|---|---|---|---|
| Mois 1 | Cadrage et engagement | Accord ou charte d'engagement actée | Direction, représentants du personnel, comité de pilotage | Comité de pilotage installé (oui/non) |
| Mois 2 à 4 | Diagnostic partagé | Restitution du diagnostic aux instances | CSE, encadrement de proximité, comité de pilotage | Taux de participation au questionnaire QVCT |
| Mois 4 à 5 | Priorisation et plan d'action | Plan d'action validé, deux domaines retenus | Comité de pilotage, CSE | Nombre d'actions retenues et budget alloué |
| Mois 5 à 6 | Articulation avec la négociation obligatoire | Ouverture de la négociation, ou information du CSE si l'entreprise n'est pas concernée | Délégué syndical s'il existe, direction, CSE | Accord signé ou procès-verbal de désaccord |
| Mois 6 à 10 | Expérimentation | Actions pilotes déployées sur le périmètre test | Groupes de travail par domaine, encadrement de proximité | Part des actions prévues effectivement déployées |
| Mois 10 à 12 | Évaluation et pérennisation | Bilan annuel partagé, décision de reconduction | Comité de pilotage, CSE, direction | Évolution de l'absentéisme, du turnover et des résultats du questionnaire |
Au bilan des mois 10 à 12, comparez les résultats de la nouvelle campagne à ceux du diagnostic initial. Vous objectivez ainsi la démarche mieux qu'avec une conviction managériale non chiffrée. Un outil comme Odana propose cette fonction de suivi aux directions RH d'ETI qui pilotent la démarche dans la durée.
Cette semaine, datez l'engagement de la direction et nommez le comité de pilotage, avant toute autre étape.
FAQ
Quelle différence entre QVT et QVCT ?
Depuis le 31 mars 2022, « qualité de vie et des conditions de travail » remplace « qualité de vie au travail » dans le code du travail3. Le nouveau terme vise explicitement les conditions de travail elles-mêmes. La loi du 2 août 2021 ouvre aussi la négociation obligatoire à la santé, à la sécurité et à la prévention des risques, sans l'imposer13. Cette faculté relève du régime supplétif.
Que couvre le référentiel Anact sur la QVCT ?
Le référentiel couvre six domaines. Les trois premiers sont l'organisation et le contenu du travail, les compétences et parcours professionnels, et l'égalité au travail. Les trois autres sont le projet d'entreprise et le management, le dialogue social et professionnel, ainsi que la santé au travail et la prévention. Sa méthode tient en sept principes, de l'engagement commun au démarrage jusqu'à l'évaluation partagée, sans démarche toute faite1.
Par où commencer une démarche QVCT ?
Par un engagement daté de la direction, avant tout diagnostic. Un questionnaire lancé sans comité de pilotage risque de rester sans suite, faute d'instance chargée du plan d'action. Le diagnostic partagé vient ensuite, par questionnaire et entretiens avec l'encadrement. Le comité de pilotage s'appuie sur ses résultats pour choisir les domaines à prioriser.
La démarche QVCT est-elle obligatoire ?
Non par principe. La négociation s'impose aux entreprises où est constituée une section syndicale d'organisation représentative. Elles doivent négocier sur l'égalité professionnelle et la qualité de vie et des conditions de travail au moins une fois tous les quatre ans3. Quand les dispositions supplétives s'appliquent, faute d'accord de méthode, ce rythme devient annuel7. Le régime général réserve la désignation du délégué syndical aux entreprises d'au moins 50 salariés10. Une entreprise plus petite peut en compter un si un syndicat représentatif y désigne un élu du CSE à ce titre11. Sans section syndicale d'organisation représentative, la négociation n'est pas obligatoire et la démarche reste volontaire3.
Sources
- Référentiel qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) — Anact, 2023 ↩
- Article L4642-1 du code du travail, version en vigueur depuis le 31 mars 2022 ↩
- Article L2242-1 du code du travail, version en vigueur depuis le 31 mars 2022 ↩
- Article L2142-1 du code du travail, version en vigueur depuis le 22 août 2008 ↩
- Article L2242-11 du code du travail, version en vigueur depuis le 26 octobre 2025 ↩
- Article L2242-12 du code du travail, version en vigueur depuis le 26 octobre 2025 ↩
- Article L2242-13 du code du travail, version en vigueur depuis le 26 octobre 2025 ↩
- Article L2242-5 du code du travail, version en vigueur depuis le 24 septembre 2017 ↩
- Article L2232-17 du code du travail, version en vigueur depuis le 1er mai 2008 ↩
- Article L2143-3 du code du travail, version en vigueur depuis le 26 octobre 2025 ↩
- Article L2143-6 du code du travail, version en vigueur depuis le 1er janvier 2018 ↩
- Article L2242-17 du code du travail, version en vigueur depuis le 31 mars 2022 ↩
- Article L2242-19-1 du code du travail, version en vigueur depuis le 31 mars 2022 ↩
- Article R4121-2 du code du travail, version en vigueur depuis le 31 mars 2022 ↩
Dernière vérification : 12 octobre 2026